G01 · Grammaire

Le Subjonctif Plus-que-parfait

Concordance absolue des temps et registre littéraire de haut niveau

Formation du subjonctif plus-que-parfait

Auxiliaire au subjonctif imparfait + participe passé. Avoir : que j'eusse parlé, que tu eusses parlé, qu'il eût parlé, que nous eussions parlé, que vous eussiez parlé, qu'ils eussent parlé. Être : que je fusse venu(e), que tu fusses venu(e), qu'il fût venu, que nous fussions venu(e)s.

Valeur et emploi

Exprime une action passée, antérieure à un verbe principal au passé (subjonctif), dans un registre strictement littéraire ou solennel. Il est la contrepartie du subjonctif parfait dans la concordance des temps lorsque le verbe principal est lui-même à un temps du passé.

Concordance absolue des temps au subjonctif

Registre écrit soigné : VP présent → subj. présent / subj. parfait. VP passé ou conditionnel → subj. imparfait / subj. PQP. Ex. : Je veux qu'il vienne (présent). Je voulais qu'il vînt (imparfait). J'ai voulu qu'il vînt (imparfait). Je voulais qu'il fût venu avant midi (PQP — antériorité).

Subjonctif PQP = conditionnel passé 2e forme

La forme 'qu'il eût parlé' est homophone du conditionnel passé 2e forme (= conditionnel passé 1re forme soutenu, appelé aussi 'le conditionnel littéraire'). Contexte seul distingue les deux : après un verbe de volonté/sentiment → subj. PQP ; dans une hypothèse irréelle du passé → conditionnel.

Exemples littéraires classiques

Flaubert : « Il aurait voulu qu'elle fût restée. » (subj. PQP après conditionnel VP). Racine : « Plût au ciel que vous eussiez su… » (plût = subj. imparfait de plaire ; eussiez su = subj. PQP). Ces formes signalent un niveau de langue supérieur, attendu dans les commentaires de texte et les dissertations de très haut niveau.

Subjonctif PQP dans les complétives temporelles

Après avant que, bien que, pour que, à moins que, de crainte que, quoique — si le VP est au passé : « Il sortit avant qu'elle fût revenue. » / « Bien qu'il eût tout perdu, il gardait sa dignité. » Ces formes sont rares à l'oral contemporain mais obligatoires en style soutenu écrit.

Distinctions finales : subj. parfait vs PQP

Subj. parfait (ait parlé) = antériorité relative à un VP présent ou futur : « Je doute qu'il ait déjà fini. » Subj. PQP (eût parlé) = antériorité relative à un VP passé : « Je doutais qu'il eût déjà fini. » Le choix dépend entièrement du temps du VP, non du sens de l'action.

Registre et fréquence

Le subjonctif PQP est absent de l'oral standard et de l'écrit courant. On le rencontre dans : romans du XIXe siècle, textes académiques de très haut niveau, concours d'agrégation, certains discours politiques formels. À C2, le reconnaître et le produire activement est attendu en expression écrite soutenue.

Pièges courants

Confondre subj. PQP et subj. imparfait : après un VP au passé + antériorité → PQP obligatoire ('fût venu', non 'vînt'). Confondre avec le conditionnel passé 2e forme (même morphologie, rôle différent). Oublier l'accent circonflexe à la 3e personne du singulier : il eût (non *il eut).

Résumé paradigme complet (avoir)

Subj. imparfait : que j'eusse, que tu eusses, qu'il eût, que nous eussions, que vous eussiez, qu'ils eussent. Subj. PQP : que j'eusse eu, que tu eusses eu, qu'il eût eu… — toujours reconnaissable par l'auxiliaire au subj. imparfait.

Erreurs fréquentes

Les erreurs les plus courantes des apprenants

Voici les erreurs que les étudiants font le plus souvent.

Confondre subj. PQP et subj. imparfait
Après un VP au passé, si l'action de la subordonnée est antérieure → subj. PQP obligatoire ('je doutais qu'il fût déjà parti', non *'qu'il partît'). Le subj. imparfait exprime la simultanéité/postériorité par rapport au VP passé, pas l'antériorité.
Oublier l'accent circonflexe à la 3e pers. sg.
'qu'il eût', 'qu'il fût' : l'accent distingue le subj. imparfait de l'indicatif passé simple ('il eut', 'il fut'). L'omettre est une faute d'orthographe grave dans un texte soutenu.
Généraliser le subj. PQP à l'oral
Ces formes sont exclusivement de registre écrit ou oratoire formel. Les employer à l'oral spontané crée un effet d'affectation comique. À C2, savoir où les placer est aussi important que savoir les former.
Confondre la concordance avec une règle mécanique
La concordance des temps n'est pas une règle absolue en français moderne : beaucoup de locuteurs cultivés emploient le subj. présent après un VP passé. La concordance stricte est une marque stylistique de soin, pas une obligation grammaticale en dehors du registre académique.

Résumé : Subjonctif plus-que-parfait

Subj. PQP = auxiliaire (eûsse/fusse) au subj. imparfait + participe passé.
Emploi : antériorité par rapport à un VP passé, registre littéraire/académique.
Concordance : VP présent → subj. présent/parfait ; VP passé → subj. imparfait/PQP.
Homophone du conditionnel passé 2e forme : seul le contexte distingue les deux.
Accent circonflexe obligatoire : il eût, il fût — jamais *il eut, *il fut dans ce contexte.
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